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dimanche 8 novembre 2015

QUE NOUS APPREND LE RÊVE ?

Pour la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle, auteur d’« Intelligence du rêve », le rêve n’est pas une fantaisie du cerveau, mais un puissant outil de savoir et de transformation. Qu’a-t-il à nous apprendre ? Quels horizons dessine-t-il ?

Quelle est l’utilité du rêve ?
Dans la vie, nous nous heurtons souvent toujours aux mêmes problèmes, nous répétons les mêmes chagrins, les mêmes situations. Par cette répétition, nous cherchons à réparer une situation. Mais nous ne cessons de retomber, parce notre conscient, qui aime la tranquillité, se masque les éléments perturbateurs. Le rêve, lui, les réinvite. Il se fait l’intercesseur des choses importantes que notre être a à nous dire, mais que notre conscient ne veut pas entendre. Il contourne les censures et les interdits, dévoile les faux semblants, met à jour les fantasmes… Mais inaugure aussi un chemin. Il ne fait pas seulement signe vers les blocages de notre histoire et les postures dans lesquelles nous sommes figés : il propose des pistes nouvelles pour en sortir, offre des clés pour construire une autre perception du présent et un autre avenir. C’est une sorte de signal. Comme Tobie Nathan, je considère qu’il est un réel savoir, une magnifique source d’enrichissement. En ce sens, il peut vraiment avoir un impact sur nos vies.

Le rêve, plutôt qu’un délire, serait donc une hyperacuité ? 
Il peut avoir la fulgurance d’une pleine conscience. Il nous renseigne sur nos peurs, nos compromissions, nos dénis, nos conditionnements, mais aussi sur nos capacités. En inversant les codes qui composent notre image du monde, il offre un relevé de sens inédit et parvient à révéler le désir qui secrètement nous soutient et arme nos vies. Il a le pouvoir d’annoncer ce qui arrive, et de mettre entre nos mains la possibilité d’y répondre – avant que le corps ne tombe malade, que l’accident ne survienne…

Voilà qui interroge la « vérité » de notre réalité ordinaire !
Même les scientifiques ont aujourd’hui du mal à parler de « la » vérité. Une vérité le reste jusqu’à ce qu’une nouvelle théorie vienne affiner, déplacer, voire remettre en question la manière dont on voyait le monde jusque-là. Malgré tout, ce qui est troublant, ce que je ressens subjectivement, c’est qu’il y a parfois des moments « de vérité ». Par exemple, lorsqu’un patient parvient à traverser un épisode de son passé, tout à coup, des éléments se rejoignent et s’alignent, un changement d’axe s’opère, ressenti comme une conversion. Ces moments de révélation intime font vérité. En ce sens, le rêve n’est pas le contraire de la vérité, mais sa traduction la plus directe.

Peut-il alerter sur des événements qui dépassent l’individu ?
Il existe plusieurs registres au rêve, comme il y en existe plusieurs à la conscience. Certains puisent dans des éléments beaucoup plus vastes que le moi et touchent à l’universel, en informant de l’état du monde ou d’un événement à venir. Ils anticipent, pressentent. Un ouvrage a ainsi recensé les rêves qui avaient été faits avant la seconde guerre mondiale ; c’est fascinant de voir comme tout était déjà là, décrit…

Ces rêves démontrent-ils l’amplitude de nos capacités de perception ?
Je les crois bien plus vastes que ce que peut en explorer notre conscience ordinaire. Dès lors qu’on se branche sur une dimension qui dépasse la lucarne très étroite du moi, nous pouvons capter des tas d’informations, qui se retranscrivent dans nos rêves. C’est ce qui lui donne sa capacité prémonitoire et de transmission de savoir. Comme cette personne réveillée en pleine nuit par la vision d’un accident, bien réel, à des kilomètres de là ; ou celle qui rêve d’un événement ayant eu lieu trois générations auparavant, dont elle ignorait tout, mais qui s’avère vrai... Ces faits troublants bousculent nos visions du monde, au même titre que les synchronicités et la télépathie. En analyse, il m’est arrivé plusieurs fois de penser la même chose que mes patients, exactement au même moment ! Nous n’avons pas fini d’explorer les facultés du cerveau, sa plasticité, ce qu’on en active ou désactive au quotidien. Nous ignorons de quoi nous sommes capables. Des expériences au MIT ont par exemple montré que notre corps peut anticiper un événement de plusieurs secondes. Notre réactivité psychique précède le conscient.

De quoi bouleverser notre rapport au monde…
Hegel disait que nous rêvons uniquement parce que nous ne sommes pas en rapport avec le tout. Le rêve et son mystère sont des modalités du réel. Nous rêvons tous, toutes les nuits, même si nous ne nous en souvenons pas. Le rêve transcende les frontières : il n’a pas de limites, de bords, de hiérarchie. Il ignore le temps, fait aussi bien avec des éléments du présent, des événements du passé, une histoire vieille de mille ans ou de choses à venir. Il associe des souvenirs à des pensées, des émotions sédimentées à des impressions reçues d’ailleurs, des vécus personnels à des données culturelles. Les échelles de valeur, d’urgence, de grandeur n’y sont pas respectées. Le rêve rend aussi poreux le rapport entre l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible ; il essaie d’échapper à la dualité parfois un peu simpliste entre le conscient et l’inconscient, en étant ouvert aux connexions, à cette intelligence perceptive du monde qui est bien plus vaste que le moi.

Au fond, le rêve est-il un éveil ?
Il est un éveil à une autre conscience ou prise de conscience. Il est tout à la fois l’envers de la raison et le lieu où elle est le plus efficace. Beaucoup de penseurs et de scientifiques ont ainsi trouvé en songe ou en vision des pistes, des réponses ou des solutions.

Preuve aussi de l’étonnant pouvoir de création qui est en nous…
Le rêve est fascinant. Je suis analyste depuis vingt ans, et je ne m’en lasse pas ! Il utilise tout : des lettres, des images, des métonymies, des déplacements, des répétitions, des mises en espace, des scénarisations, un détail pour désigner l’essentiel… Le réservoir à son actif semble quasiment infini. Son mode opératoire, c’est le renversement constant. Face à une frustration, il va halluciner une satisfaction. Si vous rêvez d’être poursuivi, il faudra vous demander ce que vous poursuivez, vous ! Il faut prendre soin de ce qui, en nous, est capable de rêve. Et ne pas avoir peur de nos capacités de vision.

Est-ce un chemin vers la liberté ?
Le rêve nous invite à décaler sans cesse notre angle de vision, ainsi qu’à être ouvert à l’inconnu, à l’inattendu, à l’inexploré. C’est une forme de dissidence absolue : personne ne peut commander aux rêves, c’est le lieu où s’exprime le principe de liberté inaliénable de l’être humain. Il nous fait comprendre que la résistance à une vie plus haute, plus forte, plus intense, n’est pas dans la réalité extérieure, mais en nous. En ce sens, il est un appel à une révolution intime, au retournement de l’être. Il nous met sur cette piste… tout en nous en montrant les ambivalences : il y a toujours un prix à payer pour assumer sa liberté. Être libre, c’est sortir de l’enfance, renoncer à une certaine sécurité. Est-on prêt à cela ? Le rêve va voir dans la nuit, nous confronte à nos choix.

Agit-il de lui-même ou faut-il l’interpréter pour qu’il prenne sa puissance ?
Je constate que les gens qui se souviennent bien de leurs rêves, qui peuvent s’y relier et les relater facilement, avancent plus vite que les autres. En analyse, c’est un turbo phénoménal. La première étape est de s’ouvrir à eux, en formulant le souhait de s’en souvenir. Un rêve que l’on se remémore agit déjà, à condition de lui donner une substance extérieure en l’écrivant ou en le racontant. Après, je trouve intéressant de voir ce qu’il a à dire plus profondément, en tout cas de se laisser interroger par lui, d’associer autour. L’imagination est une force immense, qui a des choses à nous apprendre. Pour moi, elle est tout sauf trompeuse. L’ouverture au sensible, au subtil, à l’énigmatique, permet d’être plus créateur de sa vie.

Les rêves lucides sont-ils aussi efficaces ?
Quand un patient n’a pas accès au contenu de ses nuits, je travaille avec lui en rêve éveillé, par des associations libres, qui lui permettent de se relier à son imaginaire et à des expériences passées, intuitivement migrantes du rêve. Quand je m’absente un long moment, je conseille à mes patients, s’ils ont des angoisses matinales ou font un rêve perturbant, de consacrer une demi-heure à une séance d’écriture automatique, sans censure, puis de laisser reposer une journée. En reprenant le texte, ils s’aperçoivent que sous ses airs totalement débridés, il recèle des éléments qui indiquent des issues, pointent déjà vers un après.
INREES

dimanche 1 novembre 2015

Un gorille trompe les médecins

L'expérience « du gorille invisible » montre que le cerveau est aveugle à ce qui ne correspond pas à ce qu'il s'attend à trouver dans une image.

La photo est une radio des poumons, et vous pouvez essayer de détecter des tumeurs pour tester vos talents de radiologue. Mais si vous faites bien attention, vous apercevrez peut-être un petit gorille dans un pose incongrue, en haut à gauche de la radio. C'est un test ! Cette radio trafiquée doit montrer votre incapacité à détecter une forme décalée dans un contexte où vous attendez tout autre chose.
Dans ce test, 83 pour cent des radiologues professionnels ayant observé ce cliché n'ont pas vu le gorille. ils ont cherché des tumeurs, encore et encore, et n'ont rien remarqué. Est-ce à dire qu'ils font mal leur métier ? Non, ils sont tellement obsédés par l'idée de voir une tumeur, qu'ils pourraient ne pas voir un éléphant au milieu de la photo. Un éléphant, ou un gorille.
Cette expérience a parfaitement montré que l'oeil humain est aveugle à mille choses qui ne correspondent pas à ce qu'il s'attend à trouver. Dure leçon pour les médecins, mais aussi pour les chercheurs : si l'on ne trouve que ce qu'on cherche, quelle est la probabilité de faire de vraies découvertes innovantes ? Maigre, me direz-vous. Alors qu'il faisait sa thèse en neurosciences, l'auteur de ces lignes avait un chef de laboratoire qui aimait dire : « une expérience qui marche est une confirmation, une expérience qui échoue est une découverte. » Il faut avoir l'oeil attentif pour noter ce qui ne cadre pas avec nos attentes initiales. Et ce, si possible, dans toutes les situations de la vie !
Mais ne croyez pas que ce phénomène soit entièrement nouveau dans le champ scientifique : il a été identifié dès 1999 par les psychologues Daniel Simons et Christopher Chabris. Je n'en dis pas plus, regardez cette vidéo, et surtout suivez bien les instructions.
Eh oui, le gorille a encore frappé. C'est d'ailleurs le titre que les psychologues ont donné à leur publication récente, celle où il est question de tumeurs sur la radio des poumons. Après sa première incursion sur les terrains de basket dans les années 1990, voici que ce fieffé quadrumane refait des siennes en milieu hospitalier.
Quelle est la différence entre les deux expériences, celle du gorille sur la radio et celle du gorille sur le terrain de basket ? Dans l'expérience des radiologues, la nouveauté vient du fait que ceux-ci ont été trompés, non par des mouvements de ballon, mais par une représentation a priori de ce qu'ils s'attendaient à voir. Ce qui confirme les travaux récents sur les mécanismes de l'attention, montrant que le cerveau frontal, en activant des représentations a priori, peut influer sur la sensibilité des parties plus postérieures de notre encéphales, qui détectent les informations visuelles.
Mais il reste un mystère irréductible. Si quelqu'un a la réponse, qu'il nous écrive : pourquoi les scientifiques font-ils toujours leurs expériences avec des gorilles ?
Cerveau&Psycho-Sébastien Bohler

Source : page Facebook de l'IFPEC.

vendredi 30 octobre 2015

La méditation permet d'améliorer la plasticité du cerveau

La méditation améliore les mécanismes par lesquels le cerveau est capable de se modifier par l'expérience. En clair, sa plasticité.

Pendant une grande partie du siècle dernier, l'idée selon laquelle le cerveau cessait d'évoluer une fois passé l'âge adulte, prévalait chez les scientifiques.
Mais des recherches conduites par le neuroscientifique Richard Davdison ont montré que les personnes pratiquant une activité de méditation régulière ont une activation plus intense de leur cortex préfrontal gauche que celle de leur cortex préfrontal droit ce qui leur permet de mieux contrôler leurs pensées et leur réactivé.
Source : IFPEC, Le HuffPost

jeudi 29 octobre 2015

LIRE, POUR MIEUX VIEILLIR

Lire préserve le cerveau des atteintes de l’âge. 294 personnes âgées ont été suivies jusqu’à leur décès, en fonction de leurs pratiques intellectuelles, plutôt actives (lecture et écriture, notamment) ou plutôt passives (télévision). Le déclin de la mémoire est inférieur de 32 pour cent chez les personnes ayant eu une activité cognitive soutenue au cours de l’enfance et dans le troisième âge. Il est, en revanche, de 48 pour cent plus élevé chez les personnes ayant eu une activité cognitive plus faible au cours de ces deux périodes.

Ces observations confirment l’importance de la réserve cognitive emmagasinée au cours de l’enfance, sorte de capital-mémoire initial ; mais aussi celle de l’entretien tardif de ce capital. En somme, il faut doter les enfants du plus grands nombre de connexions cérébrales au départ, puis préserver ce trésor par un exercice quotidien tout au long de la vie.
Sébastien Bohler/ Cerveau&Psycho

lundi 26 octobre 2015

COMMENT LE SPORT DONNE DU PLAISIR

En bloquant des récepteurs spécifiques dans le cerveau des souris, des chercheurs de l'Inserm ont pu réduire de 20 % à 30 % leur capacité physique. Et ont ouvert des pistes pour comprendre les circuits de la motivation.

« Faire du sport ». Tel était, en début d’année, la principale et ô combien louable résolution des Français selon le Baromètre Sport-Santé 2013. C’est que, dans une société très sédentaire, renouer avec le plaisir du mouvement à pied ou à vélo, dans un stade ou un gymnase, en ville ou en forêt, en mer ou dans les airs…, « produit notamment des effets bénéfiques sur les métabolismes, qu’il s’agisse de celui des graisses, en favorisant la baisse du cholestérol, ou de celui des sucres, en diminuant le glucose sanguin et en aidant à réguler la glycémie et le poids », plaide Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes).

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